OliverBlog

> Le chaînon manquant

Posted on: 25 novembre 2008

chainon

Ce billet était « dans les tuyaux » depuis un moment, puisque le thème est au centre de pas mal de discussions chez nous, comme, je le sais, chez la plupart des e-commerçants. Le billet de François et le commentaire apporté par le toujours très avisé Capitaine accélèrent donc cette publication. Il me semble en effet plus raisonnable de faire enfin ce billet que d’apporter un commentaire de 100 lignes sur le Blog de François.

Voici le dernier paragraphe du commentaire du Capitaine Commerce au billet de François :

Souvent technologie et marketing se détestent. Ce sont 2 milieux très différents de par la qualité des hommes et des femmes qui les composent. Le problème, en général, est le manque de dialogue entre les 2 ou le manque d’intermédiaire qui sache réellement faire le pont entre les 2 : compétences rare, encore aujourd’hui…

Je ne peux qu’abonder quant à la véracité de cette affirmation tout en essayant de la tempérer en considérant que cet antagonisme prend, à mon sens, ses racines avant tout dans l’incompréhension par l’un, du métier et des vocabulaires de l’autre et… vice-versa.

Au début du web, déjà, se trouvait déjà l’antagonisme entre le développeur et le graphiste. L’un mettant sans cesse des barrières à la créativité et aux impératifs de l’autre. L’un parlait « image » ou « ergonomie » l’autre répondait « poids des pages », « compatibilité des navigateurs » (Netscape et IE à l’époque ne savaient vraiment pas lire les mêmes choses…) ou « infaisabilité technique » (il fut un temps ou la mise en colonnes était une vraie galère).

Aujourd’hui, il n’y a plus guère de limite à la créativité des webdesigners mais les sites sont devenus dynamiques, les médias de différents formats s’entremêlent, les tables des bases de données se multiplient à l’infini, les sites deviennent de plus en plus complexes, les requêtes de plus en plus lourdes… et les exigences de plus en plus grandes.
Et la finalité d’un site e-commerce, ne nous y trompons pas, c’est le commerce ! La techno est donc au service du commercial. Le commercial réclame des outils, l’informatique produit des outils.

Tout devrait donc être simple et pourtant ça ne l’est pas. Et le dialogue tourne trop souvent à l’affrontement frontal ou larvé entre les hommes du marketing et ceux de la technique.

Je persiste à penser que c’est avant tout une histoire d’incompréhension.
Les répliques du type :
« ça n’est pas à nous de savoir comment vous allez faire, on vous dit juste de quoi on a besoin »,
« on n’a pas besoin de savoir comment ça marche, on veut juste que ça marche ! »
« C’est juste une case à cocher à rajouter, y’en a quand même pas pour des plombes ! »

trouvent leur écho dans :
«  »Et comment ça va marcher ça ? », ça va prendre des mois », « N’importe quoi ! c’est pas juste une case à cocher ! », « non, c’est pas faisable ! »…

L’incompréhension produit d’autant plus d’effets pervers que, même si les informaticiens mettent toute la bonne volonté du monde à produire l’outil qui leur a été demandé – cet outil se résumant la plupart du temps dans la bouche des hommes du marketing à une description des besoins – ces mêmes informaticiens interprètent ce qui leur est exposé sans comprendre les tenants et les aboutissants de la chose. En effet, ils n’entendent rien au marketing et ça n’est pas anormal.
Au mieux, ils vont produire la fonctionnalité demandée sans être à aucun moment en mesure d’y ajouter une plus value pourtant à portée de fusil, et ce par simple ignorance des enjeux commerciaux. Au pire ils vont produire autre chose que ce qui était « demandé ». Incomplet ou sur dimensionné… « On vous demande une case à cocher et vous nous montez une usine à gaz ! »
C’est un grand classique dès lors que la demande laisse place à la moindre interprétation.
A chaque noeud d’une problématique, l’informaticien doit répondre par noir ou par blanc pour continuer son développement. Les hommes du marketing, passant leur temps à raisonner sur des nuances ont du mal à admettre que le gris n’existe pas.

Il suffirait pour améliorer les choses que le marketing, dans ses demandes, parle le vocabulaire de l’informaticien et soit à même de mesurer l’ampleur des choses demandées sans « la rêver ». Pour cela il lui faudrait à minima, comprendre la structure et le fonctionnement des bases de données, les contraintes liées aux requêtes, comprendre qu’enregistrer des données c’est un chantier et que les rendre lisibles c’est un autre chantier, imaginer le schéma fonctionnel et les implications de la greffe demandée sur le système en l’état..etc… ce qui lui permettrait également de sentir quand et pourquoi les plannings sont en train de déraper. Mais cela n’est pas plus raisonnable que d’attendre d’un informaticien qu’il se mette au marketing.

Le chaînon manquant de mon titre, c’est celui qui va assurer la traduction entre les 2 tribus sauvages. Celui qui sans « parler » parfaitement ni le métier de l’un, ni celui de l’autre, va connaitre suffisamment de mots pour faire l’interface, rendre productif le dialogue et « dessiner » la solution.
Imaginez un chantier d’immeuble sans personne pour dessiner les plans entre le promoteur et le maçon…
Le promoteur pourrait les faire, le maçon aussi. Mais dans les 2 cas j’aimerais mieux ne pas habiter dans l’immeuble en question…

Étiquettes : ,

16 Réponses to "> Le chaînon manquant"

Exactement, on le nomme comment ce chainon manquant ?

on le nomme pas: on l’embauche🙂

Belle réponse Daniel😉
En tout cas si on doit le nommer parce qu’il est déjà là, on le nomme gentiment et on l’appelle : « Monsieur » le Chainon Manquant

Je vais rajouter ça sur mon CV (j’avais mis GLUE)😉

Outre un problème de vocabulaire et de compréhension, il y a un phénomène de cycles temporels différents (rien a voir avec startreck !)

Entre le graphiste qui fait sa page en une journée, et les devs qui vont mettre 3 mois a la rendre dynamique, avec un paquet de problemes, le marketing qui balance opé sur opé… Tout ce petit monde a bien du mal a se synchroniser. En plus des incompréhensions, c’est la galère.

Je ne vous raconte pas quand il faut faire une synchro mainframe/site… D’un coté on fait le boulot en 1 mois, de l’autre on le fait en 30 minutes. Difficile d’expliquer pourquoi à un novice.

@Cobolian
C’est marrant… ton commentaire sent le vécu😉

Salut Olivier, et merci pour la citation ! (si tu veux je te filerai le dictionnaire des citations du Capitaine Commerce)

Sinon, merci pour l’article qui détaille bien une situation que tout chef de projet ou responsable web a du connaître.

Sinon, une des réponses à cette incompréhension congénitale est le recours aux méthodes de développement agiles. C’est à dire, pour moi, assoir à une même table régulièrement les marketeux et les geeks et les faire réfléchir et trouver des solutions ensembles. Ca marche plutôt pas mal pour des petites structures. Pour des grosses, je ne sais pas.
L’idée, c’est d’éviter que le dialogue se fasse de chef de projet info à responsable marketing, par téléphone, et à coups d’insultes. Les impliquer ensemble dans la conception de l’offre et de la technique dans des réunions courtes avec une majorité représentative des intervenants du projets (mais pas trop), récurrentes et fréquentes doit pouvoir les aider à améliorer le dialogue et leur compréhension mutuelle.

Sur ce, à demain, non ?

@Capitaine

oui pour tout – Le dictionnaire et demain😉

bon alors lequel a gagné la palme ?

salut Daniel
je rentre juste et un poil fatigué (C’est plus de mon âge ces petites sauteries jusqu’à point d’heure !)
C’est Fred Cavazza et François qui ont été élus :
http://www.favor-i.com/index.php?page=le-palmares-2008

Dommage qu’on ai pas eu plus de temps pour discuter, j’avais préparé plein de bonnes blagues :~) Mais content de t’avoir enfin rencontré.

@Cobolian
Dès que vous êtes partis, ils ont sortis les tables…😉
c’était mieux pour manger et discuter…
Reste que comme je disais à Daniel, 3 heures du mat après une virée au Buddha bar avec plein de musik de djeunz, c’est dûr à mon âge.
Bon à part ça vous avez vu qu’on est 2e ex aequo
http://www.ecommercemag.fr/xml/Article-A-La-Une/788/Nuit-des-Favor-i-2008/?XType=XTA&xtor=EPR-3
c’est pas mignon ça😉 Comme à l’école des fans
A très bientôt j’espère…

C’est mignon, il ne nous reste plus qu’a faire des enfants🙂

Savoir qu’il y a eu a manger (et a boire) juste après notre départ me fait croire en un complot judeo-communiste envers les hommes en collants (attention j’ai les noms).

On se rattrapera la prochaine fois, et c’est moi qui amène la bière (j’ai ça pas loin : http://vanuxeem.free.fr/brasserie).

Bonjour Olivier,
Un vrai plaisir de te lire après tout ce temps et de nous faire partager ton expérience.

Pour en revenir a la problématique, elle est bien réelle malheureusement !
Mais (point de vue d’un développeur) elle est due bien souvent au peu d’implications que font preuve les décideurs a faire participer les développeurs aux réunions autre que technique, l’implication se crée à mon sens.

Pourtant ce serait gagnant pour tout le monde😉

@+ Manu

Jvais forward ça à qui de droit🙂

une problématique compliquée, certes… Et pourtant cette incompréhension est « seulement » un problème culturel. Dans les agences classiques il existe le planneur stratégique chargé de faire le lien entre business et création. Son travail dans une agence digitale est de réunir technique, création et affaire autour d’une brief commun, réalisé en amont, une idée forte séduisante partagée par tous… le client y est en général très sensible. Beau billet et beau blog !

Les commentaires sont fermés.

OliverBlog

E-commerce
architectureS
pêche à la mouche
& autres lubies...

Retrouvez-moi sur Twitter

RSS e-commerce JDN

  • Une erreur est survenue ; le flux est probablement indisponible. Veuillez réessayer plus tard.
%d blogueurs aiment cette page :